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Chroniques
Nous apprenons à lire avec les livres, nous apprenons à vivre avec les gens !

FARNHAM EN DEUIL

PUBLIÉ DANS LE JOURNAL DE MONTRÉAL SAMEDI LE 17 MAI 2014
 

Depuis le 6 juillet 2013, Farnham était en deuil, tout comme les citoyens de Lac-Mégantic. Depuis le 13 mai, date de comparution de Thomas Harding, ils le sont de nouveau suite au traitement déshonorant subi par le cheminot.

Dans le passé, Farnham s'est avéré un centre ferroviaire important. La première compagnie ferroviaire fut inaugurée en 1858 par la compagnie Stanstead Sheford and Chambly. Tout résident natif de Farnham connait quelqu'un qui a travaillé au CPR (Canadian Pacific Railway).

Monn grand père y travailla comme ingénieur (opérateur de locomotive), mes oncles et cousins et j'y ai moi-même travaillé quelques années comme breakman (serre-frein).

Le train de 73 wagons qui s'est immobilisé à Nantes quelques heures avant d'exploser au centre-ville de Lac-Mégantic n'était piloté que par une personne. C'est une pratique de plus en plus répandue aux États-Unis, où des entreprises ferroviaires tentent de réduire leurs coûts d'exploitation même si leur rentabilité est prouvée.

RÉDUIRE LES COÛTS

Au Canada, les principaux transporteurs comme le CN et le CP utilisent des équipages de deux personnes, mais ce ne fut pas toujours le cas. Jusqu'aux années 80, les équipages étaient composés de cinq personnes.

Dans la même décennie, les compagnies ferroviaires réduisaient les équipages à trois en éliminant le fourgon de queue (communément appelé la "vanne", de couleur rouge) pourtant fort utile, car il permettait à l'équipage arrière d'observer le convoi et d'intervenir lors de birs mécaniques. Très rapidement, les équipages furent réduits à deux jusqu'à maintenant.

Le seul but de ces décisions: réduire leurs coûts d'exploitation tandis que leurs titres boursiers augmantaient en flèche

En mai 2012, le grand patron de la MMA, Edward Burkhardt, annonce au Eastern Railroad News, une publication spécialisée, qu'il vient d'obtenir l'approbation de Transport Canada pour l'utilisation d'équipages à une personne. Le but de la demande de Burkhardt était selon ses dires, d'augmenter le nombre de convoies tout en réduisant ses couts d'exploitation.

Seulement deux autres entreprises ferroviaires au Canada ont obtenu l'aval d'Ottawa pour réduire à un le nombre d'employés par convoi. Il s'agit du "O-Train", un train léger qui sert au transport collectif à Ottawa, et le Québec North Shore & Labrador Railway, qui transporte du minerai de fer Schefferville à Sept-Îles.

A ce que je sache, le Labrador, région nordique et l'Estrie n'ont absolument aucune similitude au niveau démographique.

"Shame on you" Mister Burkhardt pour les malheureuses victimes de Mégantic ainsi que tous les dommages collatéraux subits dans cette tragédie incluant les cheminots mis en cause.

Honte à vous transport Canada pour votre grossière négligence et d'avoir échoué à faire appliquer vos propres règles de sécurité ferroviaire.

Enfin notre système judiciaire devrait être gêné du déroulement de la journée du 13 mai, incluant le mode d'arrestation subit par Thomas Harding.

- Par Michel Oligny, M.Ss., expert en sciences policières


FORCE EXCESSIVE JUSTIFIÉE

PUBLIÉ DANS LA PRESSE VENDREDI LE 10 JANVIER 2014

Force excessive justifiée

Les policiers disposent de pouvoirs spéciaux destinés à leur permettre d'assurer la sécurité des citoyens. Ces pouvoirs spéciaux sont assortis d'attentes quant au professionnalisme, à l'éthique et à la responsabilisation des policiers.

 

Bien que les actes contraires à l'éthique soient rares chez les policiers, ils peuvent prendre diverses formes, y compris l'utilisation d'une force excessive.

Au sujet des événements qui ont mené au décès par balle du sans-abri Farshad Mohammadi, il est évident que les deux policiers ont usé de force excessive. La question que tout le monde se pose: avaient-ils la légitimité pour recourir, dans ces circonstances, à cette force excessive?

Le sociologue français Fabien Jobard nous rappelle qu'il existe au sein de notre monde social ordinaire un espace social spécifique, dans lequel la décision policière a valeur de décision souveraine, et où les individus qui s'y trouvent ont une chance non négociable d'être l'objet d'un mode ancien d'exercice de la souveraineté, qui est l'atteinte au corps.

L'obligation du recours à la force est donc en soi un modèle d'action rétrograde, mais qui demeure malheureusement indispensable dans certaines situations. Cependant, le recours à la force doit avoir comme seul et unique objectif le rétablissement de la paix dans une situation précise, avec un but précis: obtenir un arrêt d'agir immédiat lorsque la vie ou la sécurité de citoyens est en danger.

Dans le cas de la mort de M. Mohammadi, les policiers étaient légitimés d'employer une force excessive. Pourquoi? Un individu circule dans le métro, et porte sur lui un exacto. Je ne connais pas beaucoup d'usagers du métro qui se promènent dans un service de transport public avec un tel objet! Mais personne ne le savait, ni les usagers du métro ni les policiers.

Pour une raison non encore établie, les policiers l'interpellent - et je l'espère avec un motif, sinon, ils sont fautifs, car nous ne pouvons pas à tout hasard laisser nos policiers brimer notre libre choix de circuler dans un endroit public. Dans le présent cas, des témoins affirment que l'individu semblait louche (plusieurs individus se promènent dans la ville ou le métro avec des comportements louches tous les jours et, à ce que je sache, les policiers ne tirent pas sur eux).

Après avoir été interpellé comme tout autre citoyen, il refuse malheureusement tout dialogue. Par la suite, il résiste à son arrestation, puis attaque un des policiers avec un exacto et tente de le frapper au visage et au cou. S'il touche une partie vitale, il peut tuer le policier ou le blesser gravement pour le reste de ses jours. Les policiers se sont protégés, car à cet instant même, leur vie était en danger. S'ils n'interviennent pas, et que la personne malade agresse une autre personne après le signalement d'un individu louche, que dira la population?

L'enquête journalistique démontre que M. Mohammadi était un homme malade psychologiquement, que la Mission Old Brewery l'avait expulsé en 2008 pour un épisode de violence et qu'il était récemment sorti de l'hôpital. Est-ce la faute des policiers? Si les deux policiers avaient pu prendre un autre moyen, ils l'auraient fait. Et ils devront assumer les conséquences de leur comportement s'ils étaient fautifs.

- Par Michel Oligny, M.Ss., expert en sciences policières


DES FACTEURS HUMAINS
INFLUENCENT LES POLICIERS

PUBLIÉ VENDREDI 3 JANVIER 2014

Des facteurs humains influencent les policiers

Il est certain que les propos du policier montréalais — qui a fait les manchettes hier pour avoir eu des propos litigieux envers un sans-abri — n’étaient pas appropriés, nous en conviendrons. Par contre, les mots et les actions n’ont un sens que mis dans un contexte. Quelquefois, dans la rue, nous devons prendre le langage de rue pour nous faire comprendre.

Une vidéo de quelques secondes, prise par un étudiant, jette le discrédit sur les policiers. Pourquoi l’étudiant en question n’a-t-il pas tenté de convaincre la personne en crise de suivre les conseils du policier?

Il a agi en spectateur guettant sa proie, le policier, et capté la phrase qui tue, mais aucune action vidéo de l’avant et de l’après. Il a donc été un complice silencieux!

 

ESCLAVE DE SES PROPOS

J’ai toujours rappelé aux policiers à qui j’enseignais un proverbe arabe: je suis le maître des paroles que je n’ai pas prononcées et l’esclave de celles que je laisse échapper.

Le policier comprend maintenant ce que je voulais dire!

L’intervention policière est une compétition où l’enjeu, c’est faire respecter la loi sans se mettre hors la loi, faire respecter la sécurité sans se mettre en insécurité, faire respecter l’ordre sans provoquer le désordre.

Il n’y a pas de jour, de moment ou de lieu de rendez-vous. C’est n’importe où et n’importe quand avec n’importe qui et n’importe quoi.

Le policier doit être toujours prêt, et pour cela on doit l’entraîner pour faire face à de multiples situations, par la connaissance des lois, la maîtrise des techniques et des protocoles d’interventions.

FACTEURS HUMAINS

Cependant, les facteurs humains et émotionnels du policier, ou de la personne contrôlée ou interpellée, peuvent altérer les compétences du policier tout simplement parce qu’il est un être humain et que l’erreur est toujours possible, par un manque de discernement, un petit problème de santé, le moral en berne pour des raisons diverses, parents ou enfant malade, souci de couple ou financier, comme toute autre personne. Mais rien ne justifie un écart de conduite pour un flic.

Ces raisons sont aussi valables pour son client auquel peuvent s’ajouter les dépendances à l’alcool, à la drogue, au sexe, un problème de santé mentale, une récidive, etc.

FAIRE FACE À L’INCONNU

Lors d’une intervention, le policier doit faire face à l’inconnu, source de stress qu’il doit gérer plusieurs fois par jour, maîtriser son comportement face à la provocation de son client qui insulte sa fonction par le refus d’obtempérer, affronter des paroles injurieuses ou blessantes, des gestes symboliques agressifs ou obscènes, des agressions physiques par crachats ou coups frappés.

Au Québec, les syndicats soutiennent les policiers en difficulté; ils ne les diabolisent pas!

Il faut être extrêmement vigilant dans le métier de policier pour ne pas franchir la ligne jaune, en cherchant au quotidien à être performant au maximum pour protéger la société.

Georges CLEMENCEAU, surnommé le tigre (c’est lui qui créa les brigades qui ont porté son surnom en France), avait une maxime enseignée dans les écoles de police: le policier se doit de ne jamais trop permettre, de ne jamais trop punir, mais de toujours veiller.

- Michel Oligny MSS, expert en interventions policières


UN POLICIER POLITISÉE

PUBLIÉ DANS LE JOURNAL DE MONTRÉAL DIMANCHE 15 DÉCEMBRE 2013

Il est rare qu’une semaine s’écoule sans que les médias rapportent un incident dans lequel on reproche à des policiers leur manque de professionnalisme, des abus de pouvoir ou de confiance, des fautes disciplinaires et même des actes criminels.

Ce phénomène est inquiétant.

Comme dans la plupart des milieux de travail, les membres du personnel entretiennent généralement des rapports sociaux. La situation n’est pas différente à l’intérieur des corps policiers.

La motivation première à développer de tels liens repose d’abord sur le besoin de se liguer contre la menace (croient-ils) qui émane des délinquants, tout comme des autorités civiles et politiques, des groupes de pression, des médias, ou de penser ne pas être compris.

Piège redoutable

Si la solidarité qui unit les policiers peut s’avérer profitable dans bon nombre de situations, elle peut aussi représenter un piège redoutable susceptible de porter atteinte à l’image professionnelle et à la probité des organisations policières et de ses membres.

Le personnel policier se regroupe selon les circonstances dans une sous-culture hermétique, où prévaut une certaine loi du milieu, la loi du silence.

Rappelons que tous les êtres humains sont des êtres d’habitude et d’imitation. Nous devenons ce que nous sommes, à plusieurs égards, à cause des gens qui nous entourent et dont nous imitons les habitudes.

Il est temps comme société, à mon avis, d’entreprendre une réflexion sur l’organisation de la police en sol québécois et de se poser collectivement la question: quel genre de police voulons-nous?

Qui nomme qui ?

Avons-nous au Québec une police politique? Je réponds non, mais une police politisée, oui! Qui nomme qui? À partir de quels critères? Critères de compétence ou de connaissance (relations)? Est-ce que les nommés choisis soit par un gouvernement municipal ou provincial ont des redevances vis-à-vis de ceux qui les ont nommés?

Depuis toujours existe une rivalité entre corps policiers, les bleus, les verts et j’y inclus les rouges. Faux au niveau des enquêteurs généralement, mais vrai au niveau de certains cadres (officiers).

Qui dirige qui? Un bleu, un vert ou un rouge? J’ai 44 ans d’expérience dans le milieu policier et, malheureusement, ces guerres intestinales existent toujours, plus subtilement, mais elles sont toujours présentes. Je vois parfois des verts saliver concernant les gaffes de bleus et, dernièrement, un bleu saliver concernant les déboires de verts. Allô solidarité!

Que dire maintenant du statut de ces policiers à l’intérieur de leur propre corps de police? Les patrouilleurs et les enquêteurs, autre rivalité déconcertante parfois. Deux groupes, deux mondes.

Je pense qu’il est temps que ces deux entités municipale et provinciale soient unifiées en deux groupes distincts: la police judiciaire et la police de la protection du territoire.

Établissons une vraie séparation entre pouvoir exécutif et pouvoir judiciaire.

Les cadres supérieurs policiers seraient ainsi nommés par l’Assemblée nationale et non par les gouvernements en place.

Lorsque la police elle-même doute de la police, je crois qu’une réflexion s’impose.

À force de se taire et d’avoir peur, la majorité silencieuse se retrouvera rapidement sous la dictature de petites cliques.

- Par Michel Oligny, M.Ss., expert en sciences policières